Résistance des matériaux d'impression 3D

Résistance des matériaux d’impression 3D

Publié Par le 16/06/2017

Lorsqu’une pièce technique est dimensionnée, il est nécessaire de connaître les propriétés du matériau utilisé afin d’anticiper son comportement et de prévenir la rupture. Plusieurs grandeurs physiques permettent de qualifier les matériaux. Les plus facilement exploitables pour le dimensionnement sont le module de Young et la résistance à la traction. Leur valeur est souvent renseignée par les fournisseurs de matière première mais étant donné qu’elle dépend du processus de production, l’équipe de Sculpteo a voulu effectuer ses propres tests pour fournir des valeurs au plus proche du réel.

1.Définitions

Qu’est-ce que le module de Young ?

Le Module de Young, aussi appelé module d’élasticité ou encore module de traction (en Pa, unité de pression), traduit l’élasticité du matériau, c’est-à-dire la relation qui lie la déformation du matériau à la force qu’il faut fournir pour le déformer. Par exemple, il faut peu d’effort pour déformer du caoutchouc, d’où un module de 1MPa (145PSI) environ. En revanche, il faudra un effort important pour allonger une tige d’acier, d’où un module de 200GPa (2.9 EE7 PSI), soit 200 000 fois plus rigide que le caoutchouc. La déformation d’une pièce dépend aussi de sa géométrie, on comprend bien qu’une chaîne plus épaisse est plus  dure à déformer qu’une qui serait fine.

Ainsi la relation entre l’élongation et la force appliquée est la suivante :

FR formule

où :
-Epsilon est l’élongation (sans unités)
-Sigma est la contrainte en PA ou PSI
– F est la force appliquée en N ou lbf
– s est la section transverse en m² ou in²

Si l’on applique une force de 400kgForce (4000 N) à une barre de 2cm de rayon (section de 0.00126 m²)  et de 2m de long en acier de module d’Young 200 GPa, l’élongation sera de 0.016 et la barre passera de 2m à 2.032m

Qu’est-ce que la résistance à la traction ?

La résistance à la traction correspond à la contrainte maximale que pourra supporter un matériau avant de se rompre. Cette valeur fait la limite entre la zone plastique et la zone de rupture.Il faut bien distinguer la résistance et l’élasticité. Un matériau peut être élastique et peu résistant. Un élastique sera plus facilement déformable qu’un spaghetti mais il faudra plus d’énergie pour le casser que ce dernier.

Qu’est ce que l’élongation à la rupture ?

L’élongation à la rupture correspond à l’allongement maximal que pourra subir un matériau avant de se rompre. Il est exprimé sans unité. Si une tige mesurant 10 cm au repos mesure 15 cm juste avant de rompre, son élongation à la rupture sera de 0.5, parfois écrit 50%.

On distingue en fait trois domaines de comportement pour un matériau :

  • le domaine élastique, dans lequel le matériau revient à sa forme initiale si l’on relâche la tension appliquée c’est dans ce domaine que le module d’Young relie contrainte et déformation.
  • le domaine plastique, dans lequel le matériau est déformé de manière irréversible et non linéaire. Un matériau comme de la pâte à modeler ne possède qu’un domaine plastique.
  • la zone de rupture, zone dans laquelle le matériau commence à céder, le matériau se déforme localement très fortement jusqu’à la rupture. La rupture du matériau étant liée à de très nombreux facteurs dont la géométrie de la pièce, son état de surface ou la vitesse de déformation, il est difficile de savoir exactement à quel moment la pièce se brisera.
    FR Stress-strain

2.Mode opératoire

En quoi consiste un essai de traction ?

L’essai de traction est une mesure expérimentale consistant à faire subir une élongation à une pièce, tout en mesurant la force qu’il est nécessaire de déployer. L’élongation a lieu à vitesse constante en partant de la pièce au repos et en l’étirant jusqu’à la rupture. Il est ensuite possible de tracer la courbe d’effort en fonction de l’élongation. De cette courbe peuvent être déduits le module d’élasticité du matériau et son élongation à la rupture.

Afin d’avoir les résultats les plus généraux nous avons suivi les recommandations des  normes en vigueurs pour les matériaux plastiques d’injection ( ISO 527-2 1BA) (aucune norme dédié à l’impression 3D n’existe pour le moment)

Ces éprouvettes de tests comporte une partie large dédié à l’accroche sur la machine et une partie fine qui subira les déformations. Les résultats des tests sont moyennés sur au moins 5 éprouvettes.

FR eprouvette


La zone du milieu est beaucoup plus étroite afin d’assurer que l’élongation puis la rupture aient lieu dans cette zone : la section étant plus faible, l’effort local est plus intense et donc l’élongation plus importante.

3.Résultats

Les essais ont été menés sur : le nylon chargé verre, le Carbonmide, l’Alumide, le plastique noir dans la masse et le plastique blanc.Les différentes finitions de ce dernier ont également fait l’objet de tests.

A.Matériaux standard :

Plastique blanc (PA12)

Le plastique blanc étant fabriqué par frittage de poudre couche par couche, les propriétés du matériau ne sont pas les mêmes dans toutes les directions, on dit que le matériau est anisotrope. En effet, la cohésion entre deux couches est moins grande qu’entre les grains de poudre d’une même couche ; si l’on tire perpendiculairement au niveau des couches, le matériau cédera donc plus facilement que dans le sens des couches.

On obtient en moyenne :

  • un module de Young de 1,78GPa en impression horizontale et 1,52GPa en impression verticale
  • une élongation à la rupture de 21% dans le sens des couches et de seulement 8% perpendiculairement
  • une contrainte à la rupture de 48MPa dans le sens des couches et de 35MPa perpendiculairement aux couches.

Effet de la teinture

La teinture est un traitement du plastique consistant à le plonger dans un bain de teinture à une température élevée, ce qui pourrait changer les propriétés du matériau. Pourtant, la modification semble mineure si l’on se fie aux résultats et les données du PA blanc peuvent être utilisées comme référence.

Effet du lissage embellisseur

Le lissage embellisseur est un procédé physico-chimique de traitement du plastique qui modifie en surface les propriétés du plastique pour lui donner un aspect brillant. Il semble donc légitime de vérifier que ce traitement n’altère pas trop les propriétés du PA12. En pratique, on observe que la surface traitée est plus cassante mais sur des épaisseurs de plus de 2mm, les propriétés du plastique restent inchangées.

Plastique noir (PA11)

Le plastique noir suit le même procédé de fabrication que le plastique blanc, mais le matériau est sensiblement différent. On devrait donc obtenir des modules différents selon le sens de traction.

On obtient en moyenne :

  • un module de Young de 1,87 GPa en impression horizontale et 1,84GPa en impression verticale, soit des résultats similaires
  • une élongation à la rupture de 22% dans le sens des couches et de seulement 16% perpendiculairement
  • une contrainte à la rupture de 45MPa dans le sens des couches et de 48MPa perpendiculairement, ce qui est un résultat plutôt surprenant.

Plastique souple

Le plastique souple, comme son nom l’indique, est un matériau extrêmement flexible. Toutefois, on observe que le domaine linéaire du plastique souple est quasiment inexistant, c’est pourquoi nous préférons ne pas nous prononcer sur une valeur de module de Young.

On observe en revanche en moyenne :

  • une élongation à la rupture de 40%
  • une contrainte à la rupture de 4,5MPa, soit dix fois moins que les polyamides.

https://www.youtube.com/watch?v=oyGbJRaAMtk

B.Matériaux composites

Ces matériaux sont à base de nylon auquel on a ajouté des additifs sous différentes formes pour augmenter la résistance ou diminuer la masse. Lors de la mise en forme de ces matériaux, c’est le plastique formant la matrice qui donne la géométrie de l’objet tandis que les additifs ne servent que de renforts.

Alumide

Les renforts de l’alumide sont de la poudre d’aluminium, ils permettent de rendre la structure plus légère et offrent à la couleur un effet moucheté.

L’alumide est un matériau assez isotrope, la présence de renfort réduit l’anisotropie induite par le procédé couche par couche.

L’alumide possède une assez longue zone élastique et une très petite zone plastique. Son mode de rupture est plutôt fragile.

En moyenne :

  • Un module d’Young de 1.32 GPa en impression x,y contre 1.4 en impression z
  • Une contrainte max de 42 Mpa en impression x,y contre 41 Mpa en impression z
  • Une élongation à la rupture de 4.4% en impression x,y et de 4.2% en impression z

Nylon Chargé Verre

Les renforts sont des microbilles de verre, elles rendent la structure plus solide dans le sens des couches.

Le matériau est très anisotrope avec une solidité très faible perpendiculairement aux plans de dépôt.

En moyenne :

  • Un module d’Young de 1.42 GPa en impression x,y contre 0.8 en impression z
  • Une contrainte max de 46 Mpa en impression x,y contre 24 Mpa en impression z
  • Une élongation à la rupture de 10.1% en impression x,y et de 2.2% en impression z

Carbonmide

Les renforts sont des fibres courtes de carbone, le matériau est plus léger et plus résistant dans le sens des couches. La géométrie des renforts explique le renforcement de l’anisotropie de ce matériau. Dans le sens perpendiculaire aux couches les caractéristiques mécaniques sont mauvaises. Cela est du au mode de rupture par délaminage.

en moyenne :

  • Un module d’Young de 1.75 GPa en impression x,y
  • Une contrainte max de 70 Mpa en impression x,y
  • Une élongation à la rupture de 4.4% en impression x,y

Ces essais nous donnent de bonnes approximations des propriétés des matériaux produits par Sculpteo et sont en cohérences avec les données que l’on peut trouver dans la littérature. Cependant, ces résultats doivent servir à titre indicatif uniquement et il vaut toujours mieux prototyper une pièce pour s’assurer de sa fiabilité.

Pour en savoir plus sur les propriétés des matériaux d’impression 3D, téléchargez notre ebook sur la comparaison de l’impression 3D avec le moulage par injection.

 

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