Vêtements imprimés en 3D : la mode de la fabrication additive

Vêtements imprimés en 3D : Quand la mode rencontre l’impression 3D

Publié Par le 02/08/2017

Cette décennie fut une période paradoxale pour les industries de la mode et de l’impression 3D. En effet, d’une part ces années ont vu l’émergence de nombreuses applications disruptives (repoussant les limites de l’impression 3D) ; mais d’autre part, l’utilisation de l’impression 3D s’est grandement démocratisée. Le futur de l’impression 3D dans l’industrie de la mode est déjà écrit : sur-mesure et dématérialisation sont les challenges ultimes. Mais nous devons garder à l’esprit qu’il y a un fossé important entre les marques internationales qui introduisent des pièces imprimées en 3D dans leurs vêtements et des éventuelles tenues totalement dématérialisées. Alors, quels sont les réels enjeux autour de l’utilisation de l’impression 3D dans le monde de la mode ?

 

Avez vous déjà porté des vêtements faits sur mesure pour vous ? C’est si confortable ! C’est aujourd’hui une expérience spéciale alors que c’était la norme il y a un siècle. Bonne nouvelle: une des promesses de l’impression 3D est de rendre le sur-mesure abordable pour chacun, et de nombreuses personnes mettent tout en oeuvre pour réaliser ce rêve. Pour avoir une meilleure idée de la manière dont l’impression 3D pourrait avoir une influence sur nos futurs vêtements, nous allons principalement aborder deux aspects. En premier lieu, nous allons voir comment les créateurs de mode utilisent cette technologie. Puis nous vous offrirons une vue d’ensemble des différents challenges que la technologie devra affronter pour avancer plus loin sur cette route sinueuse.

 

 


 

Comment les créateurs de mode utilisent l’impression 3D

 

Du fait de leur vision singulière, les créateurs de mode n’implémentent pas la technologie d’impression 3D de la même manière. Afin d’expliquer quelles sont les principales différences, nous pouvons créer 3 grandes catégories d’utilisation.

 

1. La catégorie Iris Van Herpen

 

Quand vous voyez une création de Iris Van Herpen pour la première fois, après la stupeur silencieuse, la première phrase qui devrait vous venir à l’esprit est “Comment est-ce possible ?”. Cette créatrice de mode place la technologie au coeur de son processus de création. Une grande partie de ses collections semble être la réplique exacte des images issues de son imagination, qu’elles soient réalistes ou non. Elle crée également des tenues plus simples à porter, mais c’est grâce à ses pièces les plus créatives qu’elle a construit son succès.

 

Transcrire l’esprit de cette créatrice en quelques mots pourrait ressembler à : “l’impression 3D matérialise ma vision”. Utiliser l’impression 3D pour donner vie aux formes que vous avez en tête transcende tous les aspects artistiques de la création, mais ne prend pas en compte les aspects pratiques tels que “pourrais-je vraiment porter cette pièce ?”. Pour résumer, cette catégorie est caractérisée par des vêtements très créatifs et disruptifs qui prennent en compte l’impression 3D comme une part inhérente à leur création.

Par exemple, vous trouverez dans cette catégorie :

  • La “Caress of the Gaze” du créateur Behnaz Farahi, un habit interactif imprimé en 3D, qui peut détecter le regard des autres et répondre en conséquence avec un comportement naturel. Une pièce incroyable pour développer le concept d’Homme augmenté, mais pas totalement adaptée pour être portée.

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  • La robe araignée d’Anouk Wipprecht, dont les bras mécaniques se déploient et se rétractent en réponse à un stimuli externe quand quelqu’un approche. Le propre souffle du porteur aide à indiquer la posture de défense que les bras robotiques doivent adopter. La robe est totalement imprimée en 3D avec la technologie SLS.

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  • Une des créations d’Iris Van Herpen, présentée lors d’un de ses défilés, a été particulièrement impressionnante. Une robe a été directement imprimée en 3D sur Gwendoline Christie, la célèbre actrice de la série Game Of Thrones. Cette installation présente un monde où l’humain n’est plus nécessaire dans le processus de création, seules les machines sont occupées à donner forme à la robe autour du corps de l’actrice.

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2. La catégorie Karl Lagerfeld

 

Plusieurs pièces ont été imprimées en 3D dans les dernières collections de Chanel. Mais l’effet produit n’a pas été le même que dans les collections d’Iris Van Herpen. Chez Chanel, l’impression 3D a été si bien mixée avec la conception classique que l’apport de l’impression 3D ne sautait pas aux yeux. Karl Lagerfeld n’a pas tenté de créer des vêtements intégralement conçus en impression 3D. Pourquoi ? Pour pouvoir mixer la technologie avec le savoir faire traditionnel de la haute couture. Sur l’une des vestes imprimées en 3D par exemple, les perles et le tissu ont été conçus de manière classique par les ateliers Lesage.

La vision de ce genre de créateurs est que l’impression 3D est certes une technologie disruptive, mais qu’il faut apprendre à l’implémenter dans nos procédés existants. La technologie ne peut pas remplacer un si lourd héritage de savoir faire, il faut donc trouver un moyen de les combiner. Cette catégorie est caractérisée par des techniques traditionnelles et une vision futuriste. L’impression 3D est perçue comme un nouveau moyen de production, et non pas comme une fin en soi.

Par exemple, dans cette catégorie vous trouverez :

  • Pringle of Scotland et leur superbe collection de pull-overs imprimés en 3D. Ils ont opté pour l’utilisation d’éléments en impression 3D destinés à sublimer et compléter les habits tricotés.

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  • Les leaders du marché de la chaussure. Comment tirer le meilleur des avantages de l’impression 3D liés au sur-mesure ? En scannant des parties de votre corps aux formes singulières. Dans ce cas, vos pieds sont sans doute les plus à même de bénéficier des avantages de l’impression 3D. Et ça n’a pas échappé aux géants de l’industrie de la chaussure, qui se sont déjà lancés dans la bataille des chaussures parfaitement adaptées et conçues instantanément. Ainsi, Nike, Adidas et New Balance ont lancé 3 prototypes de chaussures avec des semelles imprimées en 3D. New Balance a notamment dévoilé son prototype au CES 2016. La semelle est imprimée en 3D avec la technologie SLS en TPU (Thermoplastique Polyuréthane). C’est une catégorie de plastique créée quand une polyaddition a lieu entre du Diisocyanate et un ou plusieur Diols. Ils peuvent être utilisés comme plastiques d’ingénierie souple ou en remplacement d’un caoutchouc dur. Le vrai défi est donc de créer un TPU assez solide pour une semelle qui subira des milliers d’impacts répétés sur le sol.

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  • La création de Kelly Dempsey dans l’épisode spécial impression 3D du Project Runway. Le Projet Runway est une émission de télé-réalité américaine qui se concentre sur le stylisme et la mode. Les candidats rivalisent pour créer les meilleurs vêtements et sont limités en temps, matériaux et thèmes. Dans l’épisode spécial impression 3D, les stylistes devaient implémenter des pièces en impression 3D dans leurs modèles. Ce qui est intéressant dans cet exemple est le fait que l’impression 3D n’était pas considérée comme une méthode pour créer des vêtements, mais plutôt comme un outil mis à disposition des participants afin d’améliorer leur créativité en leur permettant de fabriquer leurs propres vêtements exactement comme ils les pensaient. La robe gagnante a été améliorée avec des pièces d’impression 3D dans la ceinture et le col en V.

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  • La collection Virus conçue par Anastasia Ruiz et imprimée en 3D par Sculpteo. Cette collection de vêtements combine le savoir faire de couture traditionnel et des pièces d’impression 3D en matériaux innovants. Révélée au CES 2016, la collection Virus est composée de pièces de tissu classique avec des ornements en impression 3D. La créatrice voulait concevoir exactement l’image mentale qu’elle avait à l’esprit, mais à condition de créer des vêtements pouvant être portés.

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3. La catégorie Danit Peleg

 

Danit Peleg est une étudiante qui a réalisé une collection imprimée en 3D avec des imprimantes 3D domestiques alors qu’elle ne connaissait rien à cette technologie. Vu qu’elle a appris par elle même comment utiliser une imprimante 3D et modéliser en 3D, elle pense fermement que dans le futur nous voyagerons sans bagages et nous imprimerons juste nos habits nous-mêmes, après notre arrivée à l’hôtel par exemple.

Ces stylistes sont les plus proches de ceux que l’on qualifie de “makers”. Pour eux, l’impression 3D est aussi disruptive pour la question des matériaux que pour celle des processus de création. Ils ne cherchent pas à combiner impression 3D et conception traditionnelle. Ils veulent littéralement “dématérialiser” nos vêtements et façonner le futur de l’industrie. Contrairement à la catégorie Iris Van Herpen, ils sont plus concentrés sur l’aspect pratique du vêtement que sur l’aspect purement artistique.

Par exemple dans cette catégorie vous trouverez :

  • Le travail de Bradley Rothenberg en collaboration avec des marques comme Victoria’s Secret ou d’autres créateurs de mode. Il tente de faire du textile imprimé en 3D une réalité viable et accessible. Il cherche comment incorporer l’impression 3D dans le processus de création. De même, il cherche à explorer les différentes manières de développer l’utilisation de l’impression 3D afin de créer des tenues totalement créées grâce à cette technologie. Sa collaboration avec Katie Gallagher pour sa collection Printemps été 2015 témoigne de ses progrès.

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  • Les chaussures de Brian Oknyasnky. Ce créateur de mode a réussi à créer des chaussures totalement imprimées en 3D, personnalisables, portables et déjà disponibles à la vente. Vous pouvez jeter un coup d’oeil ou acheter votre première paire sur ce site internet.

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Ces créateurs de mode ouvrent la voie aux futures applications de l’impression 3D. Mais rappelons les mots de Coco Chanel :

“Une mode qui n’atteint pas les rues n’est pas une mode.”

 

Si la technologie ne rend pas le vêtement portable, nous parlons alors plus d’art que de mode. Par conséquent, au travers de ces 3 catégories de stylistes, on voit que les créateurs recherchent un moyen d’intégrer l’impression 3D à la mode de manière pratique mais aussi commercialisable. Même si des progrès ont été faits, il reste quand même de nombreux points à améliorer.

 


Les challenges que l’impression 3D devra surmonter

 

Alors, quels sont les principaux objectifs à atteindre pour que l’impression 3D soit complètement intégrée dans l’industrie de la mode ?

 

1. Le respect de l’environnement

Si l’impression 3D doit être la nouvelle façon de concevoir nos vêtements, alors elle devrait prendre en compte dès le départ les challenges écologiques que cela implique. Du processus de création au choix des matériaux, il est important que toutes les étapes aient une portée écologique et contribuent à créer un produit biodégradable.

  • Un projet agréablement surprenant, arborant cet aspect de respect de l’environnement, est la Sponge suit (ou la “combinaison éponge”). C’est un bikini écologique imprimé en 3D et créé par le professeur Mihri Ozkan, de l’université de UC Riverside. Le concept : alors que vous nagez avec cette tenue, vous contribuez à nettoyer des océans. L’ingénieur et sa femme ont créé un matériau innovant “éponge” qui peut absorber les déchets polluants présents dans l’eau tout en protégeant votre peau de cette agression extérieure.

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  • De même, la collection Recycl3-D, une ligne de vêtements durables conçue par une étudiante du Cornell University’s College of Human Ecology, est un bon moyen de comprendre comment l’impression 3D pourrait participer à la création d’une mode plus responsable. Les vêtements de sa collection sont imprimés en 3D mais avant tout recyclables. Le concept repose sur un habit multifonction qui peut changer de fonction en enlevant/rajoutant des poches, des manches ou même des capuches selon l’utilité souhaitée.

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    2. Une technologie simple d’utilisation

Utiliser la technologie d’impression 3D implique de posséder un fichier 3D, et donc de savoir modéliser en 3D. Un jeu d’enfant, pensez-vous ? Et bien, même Iris Van Herpen a dû admettre: “Je travaille toujours avec un architecte car je ne suis pas à l’aise avec les logiciels de modélisation 3D” selon Forbes. Impossible de rêver de vêtements imprimés en 3D disponibles pour le plus grand nombre sans évoquer la problématique de la modélisation 3D. La solution pourrait être que les stylistes créent leurs fichiers 3D avant de les vendre directement au public. Ainsi les clients auraient “simplement” à les imprimer en 3D. C’est le chemin qu’emprunte Continuum, qui prévoit une banque de données évolutive de fichiers de vêtements que les consommateurs pourraient télécharger sur leurs ordinateurs, gratuitement, et imprimer directement de chez eux s’ils ont une imprimante 3D. Cette solution est la plus probable, même si elle soulève de nombreuses interrogations sur l’utilisation des copyrights.

 

3. La question des matériaux

Actuellement, les matériaux utilisés par les créateurs de mode n’ont pas les mêmes caractéristiques que ceux de la fabrication classique dans leurs formes et propriétés techniques (avez vous déjà essayé de passer des pièces en plastique d’impression 3D dans une machine à laver ?). Le TPU est le matériau qui semble le plus adapté au monde de la mode, du fait de sa flexibilité et de sa résistance, mais il reste un matériau plastique. Pour compenser cet aspect, les créateurs de mode font appel à leur créativité pour créer des motifs interconnectés afin d’atteindre une forme finale semblable à du tissu. Néanmoins, ce n’est pas la solution optimale pour obtenir des vêtements confortables et facilement nettoyables, à porter au quotidien.

La plupart des recherches en cours les plus abouties sur ce sujet sont l’oeuvre de Electroloom et Tamicare. Les deux sociétés développent des brevets pour du textile imprimé en 3D. Les recherches sont pour le moment très confidentielles, mais les premiers prototypes sont encourageants.

Ces acteurs vont sans doute jouer un rôle important dans la conception de nos vêtements instantanés imprimés en 3D, et surtout dans le dépassement des limites de l’aspect “lavable” de ces vêtements.

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4. Abordabilité

En fonction de la manière de modéliser votre projet, du matériau et de la technologie utilisée, le coût d’une impression 3D peut monter en flèche. De plus, que vous imprimiez 1 pièce ou 10 000, il n’y a qu’une légère réduction de coût. En effet, chaque pièce est conçue comme une pièce unique. De ce fait, rendre ce processus de production plus abordable, en utilisant par exemple des machines et des matériaux moins coûteux, sera une condition sine qua none pour le développement de cette technologie au sein de l’industrie et ainsi passer d’un simple prototype à un produit fini.

 

Finalement, ces différents créateurs ont tous apporté leur pierre à l’édifice, permettant  d’explorer de nouvelles manières d’utiliser l’impression 3D. Cette période a aussi marqué un point de rupture avec l’étonnement général autour de cette technologie. Etant donné la démocratisation de l’impression 3D, les acteurs principaux de l’industrie de la mode ont commencé à faire face aux vraies problématiques de l’implémentation de cette technologie dans leur secteur d’activité. Ainsi, le futur de l’industrie de la mode sera-t-il totalement matérialisé uniquement par des imprimantes 3D domestiques ? Pas si évident. Néanmoins, un large éventail de nouvelles opportunités se dresse maintenant devant nous, et les premiers progrès effectués sont déjà captivants !

 

Si vous souhaitez découvrir comment Sculpteo pourrait vous aider dans votre projet de mode pour repousser encore plus les limites de l’innovation, jetez un coup d’oeil à notre page dédiée.

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